Accusations de sorcellerie en RDC : L’ADP asbl appelle à prévenir, protéger, prendre en charge et documenter

8/10/20265 min temps de lecture

Accusations de sorcellerie en RDC :

L’ADP asbl appelle à prévenir, protéger, prendre en charge et documenter

Kinshasa, août 2026 : Les accusations de sorcellerie demeurent une réalité préoccupante dans

plusieurs communautés en République démocratique du Congo. Lorsqu’elles se transforment en

stigmatisation, en rejet, en violences ou en exclusion, elles portent directement atteinte à la

dignité et aux droits fondamentaux des personnes concernées.

Pour l’Association de Défense des Droits des Patients (ADP), cette problématique ne peut être

considérée uniquement sous l’angle des croyances ou des pratiques communautaires. Elle

constitue également une question de protection des personnes vulnérables, de droits humains

et d’accès aux soins de santé.

Dans ce contexte, l’ADP appelle les autorités, les professionnels de santé, les acteurs de

protection, les organisations de la société civile, les leaders communautaires et religieux ainsi

que les familles à renforcer leur action autour de quatre priorités : prévenir, protéger, prendre

en charge et documenter.

Une accusation ne doit jamais devenir une condamnation

Être accusé de sorcellerie ne peut en aucun cas constituer une preuve de culpabilité ni justifier

des actes de violence, de maltraitance ou d’exclusion.

Pour l’ADP, toute personne, quelles que soient sa situation sociale, son âge ou son origine, doit

pouvoir jouir de sa dignité et accéder aux services essentiels sans discrimination.

Les conséquences d'une accusation peuvent être particulièrement lourdes pour les personnes déjà

en situation de vulnérabilité. La stigmatisation et le rejet peuvent notamment entraîner

l'isolement social, l'abandon, l'exposition aux violences et des difficultés d'accès aux services de

santé et d'accompagnement.

La réponse à ces situations doit donc être centrée sur la protection de la personne et le respect de

ses droits.

1. Prévenir : agir avant que l'accusation ne devienne violence

La prévention constitue la première ligne de défense.

L'ADP encourage le renforcement des actions de sensibilisation au sein des communautés afin de

lutter contre les préjugés et les pratiques qui peuvent conduire à la stigmatisation ou aux

violences.

Les leaders communautaires et religieux ont, à cet égard, une responsabilité importante. Leur

influence peut contribuer à promouvoir le dialogue, la tolérance, la non-violence et le respect de

la dignité humaine.

Les familles et les communautés doivent également être sensibilisées à la nécessité de rechercher

des solutions pacifiques aux conflits et aux difficultés sociales ou familiales, plutôt que de

désigner des personnes comme responsables sur la base d'accusations.

2. Protéger : assurer une réponse rapide aux personnes menacées

Lorsqu'une personne est menacée ou victime de violences en raison d'une accusation, sa

protection doit être une priorité.

L'ADP appelle au renforcement des mécanismes locaux d'alerte, d'orientation et de protection

afin que les personnes exposées puissent rapidement accéder aux services compétents.

Une attention particulière doit être accordée aux enfants, aux femmes et aux autres personnes en

situation de vulnérabilité.

La protection doit également permettre d'éviter que les victimes ne soient simplement déplacées

d'un environnement dangereux vers une autre situation de précarité. Elle doit s'inscrire dans une

démarche globale permettant leur sécurité, leur accompagnement et, lorsque cela est possible,

leur réintégration dans la communauté.

3. Prendre en charge : garantir l'accès aux soins et à l'accompagnement

Pour l'ADP, la protection d'une victime ne doit pas s'arrêter à sa mise à l'abri.

Les personnes ayant subi des violences ou vivant les conséquences d'une accusation doivent

pouvoir bénéficier, selon leurs besoins, d'une prise en charge médicale, psychosociale,

juridique et sociale.

Les structures de santé ont un rôle essentiel à jouer dans cette réponse. Elles doivent pouvoir

accueillir les personnes concernées dans des conditions respectueuses de leur dignité, de leur

confidentialité et de leur droit à des soins sans discrimination.

L'ADP encourage ainsi les acteurs du secteur de la santé à renforcer les mécanismes

d'identification, d'écoute, d'orientation et de référencement des personnes victimes de violences

liées aux accusations de sorcellerie.

Une approche multisectorielle est nécessaire afin que la réponse médicale puisse être articulée

avec les services de protection, d'assistance juridique et d'accompagnement psychosocial.

4. Documenter : produire des données pour mieux agir

La lutte contre les violences liées aux accusations de sorcellerie nécessite également une

meilleure documentation des cas.

Pour l'ADP, disposer de données fiables permettrait de mieux comprendre l'ampleur et les

manifestations du phénomène, d'identifier les facteurs de vulnérabilité et d'orienter les politiques

et programmes de prévention et de protection.

Les organisations de défense des droits humains, les structures sanitaires et les autres acteurs

concernés sont donc encouragés à renforcer la documentation des cas, dans le strict respect de la

confidentialité, du consentement et de la dignité des personnes concernées.

Cette documentation devrait notamment permettre de mieux comprendre les circonstances des

accusations, les formes de violences subies, les besoins des victimes et les mécanismes de

réponse disponibles.

L'appel de l'ADP aux autorités

Face à cette problématique, l'Association de Défense des Droits des Patients appelle les

autorités nationales et provinciales à renforcer les mesures de prévention et de protection des

personnes exposées aux violences liées aux accusations de sorcellerie.

L'ADP recommande notamment de :

- renforcer les mécanismes communautaires de prévention et d'alerte ;

- garantir une protection rapide et appropriée aux personnes menacées ou victimes de

violences ;

- faciliter l'accès des victimes aux soins de santé et aux services d'accompagnement ;

- renforcer les mécanismes d'orientation et de référencement entre les services de santé, de

protection, de justice et d'action sociale ;

- développer les capacités des professionnels et acteurs communautaires à identifier et

orienter les personnes vulnérables ;

- améliorer la documentation et l'analyse des cas, dans le respect des droits des victimes ;

- renforcer les actions de sensibilisation contre la stigmatisation et les violences ;

- promouvoir une approche coordonnée entre les secteurs de la santé, de la protection, de la

justice et de l'action sociale.

Une responsabilité collective

La prévention des violences liées aux accusations de sorcellerie ne peut reposer sur un seul

acteur.

Elle nécessite l'engagement conjoint des pouvoirs publics, des structures sanitaires, des

organisations de défense des droits humains, des acteurs de protection, des leaders

communautaires et religieux, des familles et des communautés.

Chacun doit contribuer à faire évoluer les pratiques et les perceptions qui exposent certaines

personnes à la violence et à l'exclusion.

Pour l'ADP, la protection de la personne humaine doit rester au centre de toute réponse.

Une accusation ne constitue pas une preuve. Une croyance ne peut justifier la violence. Et

aucune personne ne devrait être privée de sa dignité, de sa sécurité ou de son droit à la santé en

raison d'une accusation.

L'engagement de l'ADP

L'Association de Défense des Droits des Patients entend poursuivre son travail de

sensibilisation, de documentation, de plaidoyer et de promotion des droits des personnes

vulnérables.

À travers cette démarche, l'ADP souhaite contribuer à une société dans laquelle chaque personne

peut accéder aux soins et aux services essentiels dans le respect de sa dignité, sans discrimination

ni stigmatisation.

Prévenir. Protéger. Prendre en charge. Documenter.

C'est aussi défendre les droits des patients et protéger la dignité humaine.

Association de Défense des Droits des Patients, ADP

Défendre les droits. Protéger la dignité. Promouvoir l'accès aux soins.

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